Lettres au rédacteur en chef
En pensant à l’esprit général avec lequel l’ACI aborde le dossier de Realtor.ca, je me rappelle cette histoire d’un vieux couple qui venait de s’acheter un nouveau divan et qui décida de placer leur vieux divan au bout de leur entrée de garage, et sur lequel ils avaient pris soin d’épingler une petite affiche spécifiant « divan gratuit ». À la fin de la journée, au coucher du soleil, le divan était toujours là, au bout de l’allée, et le vieux couple a dû le remettre dans le garage.
Le jour suivant, ils recommencèrent, mais cette fois-ci, ils attachèrent une plus grande affiche sur laquelle ils avaient écrit « DIVAN GRATUIT », en lettres suffisamment grandes pour l’apercevoir de l’autre coin de rue. À la fin de cette deuxième journée, ils ont dû remettre à nouveau le divan dans le garage. Le troisième jour, ils ont ajouté quelques coussins décoratifs sur le divan et ils ont continué à le placer au bout de l’allée, puis à le remettre au garage, jour après jour, pendant une semaine de temps, sans que personne ne démontre le moindre intérêt.
« Je ne comprends pas », dit l’épouse, en forçant avec son époux pour remettre le divan au bout de l’allée, pour une septième fois de suite. « C’est un joli divan qui nous a coûté quelques centaines de dollars et que nous laissons aller gratuitement ». C’est alors que son époux enleva l’affiche, la retourna et y inscrit en caractères gras, « Divan à vendre, 300 $ ». Puis ils rentrèrent dans la maison pour prendre le thé. À peine 20 minutes plus tard, au moment où l’épouse déposait les tasses dans l’évier, elle jeta un coup d’œil au bout de l’allée et s’aperçut que le divan avait disparu.
La valeur est surtout une question de perception, parfois plus que la réalité. Lorsque j’ai débuté ma carrière dans le secteur de l’immobilier, il y a plus d’une décennie, les nouvelles inscriptions constituaient des informations très convoitées que l’on retrouvait seulement dans les pages quasiment sacrées des beaux catalogues d’inscriptions à couverture glacée. Les gens se déplaçaient de quelques milles à la ronde pour tenter de nous séduire et de mettre la main sur une copie. Leurs yeux s’illuminaient lorsque vous leur remettiez une copie en mains propres et ce simple geste vous permettait d’établir de véritables liens avec le client potentiel. Ce lien permettait également de donner le ton et d’établir les termes des discussions entre le courtier et l’acheteur de maison, entre le courtier et le vendeur de maison.
Quelque part, en cours de route, dans le développement de notre industrie, il a semblé plus important d’être à l’avant-garde de la technologie plutôt que de préserver la valeur des informations que nous générons et que nous diffusons, et celle des relations que nous devons entretenir directement avec le public. Le futur de toute entreprise repose désormais sur notre capacité à reproduire les valeurs du service personnalisé, de la connaissance et de l’intuition, par le biais d’un écran d’ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone intelligent; c’est du moins ce que l’industrie des technologies tente de nous faire croire.
Je ne suis pas un courtier de la vieille école qui n’adhère pas aux vertus de la technologie, comme mon point de vue pourrait vous le laisser croire. En fait, c’est même tout le contraire.
Alors que le comité consultatif de l’ACI sur les Projets de l’avenir se penche sur le cheminement de notre industrie et sur les plans d’actions qui nous permettront d’aller de l’avant, je souhaite qu’il considère tout aussi sérieusement ce qui constitue, et ce qui a toujours constitué la valeur fondamentale de notre industrie, et qu’il comprenne qu’il ne nous suffit pas, nous, les courtiers, de savoir que l’information que nous fournissons au public est précieuse. Et, plus important encore, la perception de cette valeur repose entièrement sur notre façon particulière de la transmettre. C’est un euphémisme que de dire qu’il y a place à amélioration de ce côté.
Ce comité pourrait être tenté de croire que toutes les nouvelles technologies qui pointent à l’horizon ont les réponses que nous recherchons; retenez cependant que c’est la technologie qui a entraîné notre industrie dans la situation relativement précaire dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. La technologie a sursaturé notre industrie en permettant aux firmes de courtage d’engager de nouveaux courtiers par-delà les limites acceptables et nécessaires pour assurer une telle croissance. La technologie nous a permis d’exécuter plusieurs de nos tâches d’un simple clic de souris plutôt que par une franche poignée de main. La technologie a entraîné cet espèce de sentiment du public, et, dans une certaine mesure, du gouvernement, à l’effet que tout lui était dû, y compris un droit de regard sur notre façon de travailler.
Si nous ne replaçons pas l’élément humain au centre des plus importantes discussions que doit avoir ce comité, si ne prenons pas le temps de regarder un peu en arrière et de revoir ce qui a le mieux fonctionné dans notre industrie, et si nous nous laissons trop distraire par les améliorations technologiques qui pointent à l’horizon, nous nous éloignerons de ce que constitue réellement l’activité immobilière, aux yeux du public.
Les applications technologiques ne sont que des petits coussins que nous jetons sur le divan, et si nous continuons à les placer au bout de l’allée par crainte de ce qui pourrait arriver sans cela, c’est la technologie, et non pas l’industrie immobilière, qui prévaudra, au bout du compte.
Mike Montague
Représentant aux ventes
Sutton Group Incentive Realty
Barrie, Ontario

