Profonds désaccords sur les BVW (Bureau virtuel Web)

Par Danny Kucharsky

Bill Johnston (Photo par Geoff Parkins)

La demande, par le Bureau de la concurrence, pour faire cesser ce qu’il qualifie de « pratiques anticoncurrentielles  par la Chambre immobilière de Toronto » ne serait ni plus ni moins qu’une tentative d’attirer l’attention des médias par Melanie Aitken, commissaire de la concurrence, affirme le président de la Chambre, Bill Johnson.

En mai dernier, le Bureau a déposé une demande au Tribunal de la concurrence alléguant que la Chambre immobilière de Toronto empêche les agents immobiliers de fournir par Internet des informations plus détaillés et à jour aux consommateurs concernant les inscriptions sur MLS, même si cette information peut être obtenue par d’autres moyens. Le Bureau affirme que les agents n’ont pas les moyens de mettre en oeuvre des sites Web protégés par mot de passe, mieux connus sous le nom de Bureaux virtuels Web (BVW) qui permettent aux consommateurs d’effectuer des recherches exhaustives dans toutes les listes disponibles. « La direction de la Chambre immobilière de Toronto continue d’imposer des restrictions anticoncurrentielles à ses membres, limitant ainsi le choix du consommateur tout en repoussant l’innovation », affirme Aitken, dans un communiqué officiel.

L’impossibilité d’en venir à une entente avec la Chambre de Toronto a forcé le Bureau à rechercher une ordonnance exécutoire du tribunal, a ajouté Aitken.

De son côté, Bill Johnson affirme que la Chambre envisage plutôt une politique officielle concernant les BVW, politique qui pourrait prendre forme avant la fin de l’été et qui mènera à la création de sites Web dédiés à Toronto, selon des informations diffusées sur les sites américains Zillow.com et Redfin.com. Ces deux site spécialisés dans la recherche de maisons ont été crées à la suite d’une entente entre l’Association nationale américaine des agents d’immeubles et le Département de la justice américain.

Johnson affirme par ailleurs que la demande des membres pour des BVW n’est pas très forte à ce jour et « qu’il ne s’agit que d’un enjeu secondaire, comme cela s’est produit aux Etats-Unis ». Il ajoute que seuls quelques membres souhaitent créer des BVW.

Au contraire, la demande pour le type d’information immobilière diffusée par Viewpoint.ca, en Nouvelle-Écosse est très forte, selon son fondateur, Bill McMulin.

Il affirme que l’engouement des consommateurs pour le site, lequel met à jour toutes les inscriptions MLS de la Nouvelle-Écosse à toutes les minutes, « a dépassé toutes expectatives ». Le site obtient et diffuse régulièrement les données MLS des deux Chambres immobilières de la province, de l’Association des agents d’immeubles de la Nouvelle-Écosse et de la Chambre immobilière de la Vallée d’Annapolis. Le site a desservi plus d’un million de visiteurs depuis janvier 2010 et a accueilli 280 000 visiteurs uniques qui ont consulté 27,5 millions de pages d’information sur les propriétés.

« Ce n’est pas très compliqué », affirme McMullin. « En fournissant plus d’informations aux consommateurs, vous comblez leurs attentes. Ils continuent par la suite de s’approvisionner aux sources qui leur fournissent plus d’informations de meilleur qualité ».

McMullin ajoute que les membres devraient être en mesure de décider eux-mêmes comment diffuser leurs informations aux consommateurs et c’est pourquoi le Bureau de la concurrence n’apprécie pas les restrictions qui limitent les données que les courtiers peuvent ou ne peuvent pas fournir.

La mise en oeuvre de Viewpoint.ca a facilité les choses pour les agents en Nouvelle-Écosse et n’a aucunement affecté les façons de faire du secteur de l’immobilier dans la province, selon McMullin. « Le nombre des agents d’immeubles continue de croître, les acheteurs et les vendeurs continuent de faire des affaires et je crois que le marché fonctionne de façon plus efficace. Je ne comprends pas exactement de quoi on a peur ».

Il affirme par ailleurs que la plupart des agents reconnaissent que l’usage d’Internet est inévitable pour la diffusion des informations car « les consommateurs préfèrent de loin obtenir les faits et les données en accédant directement à un interface plutôt que par l’intermédiaire d’un être humain ».

Johnson diffère catégoriquement d’opinion à ce sujet.

« Selon moi, notre industrie s’appuie sur la qualité des relations de personne à personne et ce sera toujours le cas. La meilleure façon d’établir une relation de confiance, sur le plan professionnel, n’est certes pas via un écran d’ordinateur, mais plutôt face à face et directement. Je ne crois pas que cette façon de faire suscitera beaucoup d’intérêt. C’est un enjeu nettement exagéré et secondaire pour la majorité des membres ».

Entre-temps McMullin va de l’avant et consacre ses énergies à présenter le modèle Viewpoint.ca dans d’autres provinces. La plupart des Chambres immobilières qu’il a rencontrées lui ont toutefois manifesté un peu de résistance. « Nous n’imaginions tout de même pas que les Chambres allaient adhérer d’emblée au concept », confirme McMullin détient une licence de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, et bientôt de l’Ontario.

Les chambres de Moncton et d’Edmonton ont refusé a Viewpoint.ca un « accès efficace » à leurs données MLS, dit-il. Selon lui le Bureau de la concurrence reconnaît que ces restrictions sont anticoncurrentielles.

« Si je ne peux créer et opérer une affaire légitime avec mon modèle d’affaires, à titre de courtier licencié, nul doute que c’est symptomatique d’un sérieux problème. La Chambre immobilière de Toronto est certainement une cible visée par le Bureau, ne serait-ce qu’à cause de la taille du marché, et elle n’est pas la seule », affirme McMullin qui espère établir Viewpoint.ca à Toronto dans un avenir rapproché.

Bill Johnson, quant à lui, s’attend à ce que la politique concernant les BVW de la Chambre de Toronto soit approuvée avant la fin du mois d’août, soit après le délai minimum de 60 jours que les membres de la Chambre ont eu pour fournir de l’input sur les changements à la réglementation concernant les MLS et recommandés par le task-force de l’organisation.

Il affirme que le type de BVW que mettra de l’avant Toronto ne sera pas exactement le même que ceux que l’on retrouve aux États-Unis parce que les lois canadiennes concernant la vie privée sont plus sévères et qu’elles exigent davantage de vérifications et de contrôles. Cependant, « il devrait satisfaire la plupart des besoins et des attentes », dit-il.

Il affirme par ailleurs que la Chambre immobilière de Toronto est venu tout près de conclure une entente avec le Bureau. « Au moment même où nous avons cru être tout près d’une entente mutuellement satisfaisante, la commissaire a décidé de déposer sa demande au Tribunal. À mon point de vue, elle cherche surtout à retenir l’attention des médias et à faire progresser ainsi sa propre carrière aux dépens des payeurs de taxes, en plus d’être déraisonnable avec nous. Nous ne sommes pas disposés à mettre le couvert », conclut Bill Johnson.

Richard Silver, qui deviendra président de la Chambre immobilière de Toronto en juillet prochain, a écrit sur son blogue qu’il a lui-même travaillé sans relâche pour en venir à une entente. « Toutefois, je dois admettre que dès le début des négociations je doutais de la possibilité d’une entente. Je crois que la commissaire à la concurrence n’a jamais vraiment souhaité d’entente ».

Bill Johnson ajoute que le task force de la Chambre de Toronto n’a jamais cessé de travailler dans le dossier du BVW depuis presqu’un an déjà et il réfute les allégations de la commissaire Aitken à l’effet que la Chambre ralentissait le processus. « Nous travaillons de façon pratique et ordonnée en respectant les règles et la réglementation et nous n’acceptons pas d’être régenté par une dame d’Ottawa qui tente de faire avancer sa carrière à nos dépens. Et vous pouvez me citer à votre guise sur ce sujet ».

Johnson ajoute en terminant : « La commissaire veut un site; elle aura un site. Et elle aura l’air d’une idiote avant la fin même de l’audience du Tribunal car notre politique sera en œuvre, croyez-moi ! ».

 

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